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Trésorerie et BFR

Plan de trésorerie prévisionnel : construire un tableau sur 12 mois

Un plan de trésorerie recense, mois par mois, tous les encaissements et tous les décaissements prévus afin d’anticiper le solde bancaire de fin de période. Pour le construire sur 12 mois, on part de la trésorerie disponible, on traduit l’activité prévue en flux réellement payés ou reçus (TTC et à leur date effective), puis on calcule le solde cumulé pour repérer à l’avance les mois tendus. Voici la méthode complète, la structure du tableau, un exemple chiffré et les erreurs qui faussent le plus souvent les prévisions.

Plan de trésorerie : définition et utilité

Le plan de trésorerie (on parle aussi de budget de trésorerie ou de prévisionnel de trésorerie) est un tableau qui projette les mouvements de la banque. Il ne mesure pas la performance, il mesure la capacité de l’entreprise à payer ses échéances. Une société peut afficher un résultat bénéficiaire et manquer de liquidités parce que ses clients paient tard, parce qu’elle constitue du stock ou parce qu’elle finance un investissement sur ses fonds propres.

Concrètement, il sert à quatre choses :

  • anticiper les besoins de financement : négocier un découvert, une ligne de crédit court terme ou un affacturage avant d’en avoir besoin, et non dans l’urgence ;
  • placer les excédents : identifier les périodes où la trésorerie dépasse durablement le besoin et peut être placée ;
  • arbitrer les décisions : date d’un investissement, calendrier d’un recrutement, conditions de paiement accordées à un gros client ;
  • dialoguer avec les partenaires : banquier, investisseur, commissaire aux comptes ou repreneur attendent un prévisionnel de trésorerie crédible.

Plan de trésorerie, compte de résultat prévisionnel et plan de financement

Ces trois documents sont complémentaires mais ne répondent pas à la même question. Le compte de résultat prévisionnel raisonne en produits et charges hors taxes, rattachés à l’exercice où ils sont engagés. Le plan de financement raisonne sur plusieurs années et vérifie que les grands emplois (investissements, remboursements d’emprunts, variation du BFR) sont couverts par des ressources durables. Le plan de trésorerie, lui, descend au mois, voire à la semaine, et ne retient que des flux bancaires.

DocumentHorizonUnité de raisonnementQuestion posée
Compte de résultat prévisionnel1 à 3 ansProduits et charges HTL’activité sera-t-elle rentable ?
Plan de financement3 à 5 ansEmplois et ressources stablesLe financement à long terme est-il équilibré ?
Plan de trésorerie12 mois, découpage mensuelEncaissements et décaissements TTCPourra-t-on payer chaque échéance ?

Le lien entre les deux premiers et le plan de trésorerie passe par le besoin en fonds de roulement : délais clients, délais fournisseurs et stocks expliquent l’essentiel de l’écart entre résultat et trésorerie. Pour approfondir ce mécanisme, consultez notre article sur le calcul et la réduction du BFR.

La structure d’un plan de trésorerie sur 12 mois

Le tableau se lit en colonnes (les mois) et en lignes (les natures de flux). Il comporte toujours quatre blocs, dans cet ordre.

1. La trésorerie de début de mois

Le premier mois, c’est le solde bancaire réel à la date de départ, toutes banques confondues, diminué des éventuels découverts. Les mois suivants, c’est la trésorerie de fin du mois précédent. Cette ligne ne se saisit donc qu’une seule fois.

2. Les encaissements

  • encaissements clients TTC, ventilés selon les délais de paiement réellement constatés et non selon les conditions contractuelles ;
  • remboursements de TVA ou crédits d’impôt attendus ;
  • subventions et aides, à la date de versement effectif ;
  • apports en capital, apports en compte courant d’associé ;
  • déblocage de nouveaux emprunts ;
  • cessions d’immobilisations et produits financiers encaissés.

3. Les décaissements

  • fournisseurs de marchandises et de matières, TTC, selon les délais de règlement pratiqués ;
  • frais généraux : loyers, énergie, sous-traitance, honoraires, assurances, abonnements ;
  • salaires nets, puis cotisations sociales à leur date d’exigibilité ;
  • TVA à décaisser, impôt sur les sociétés (acomptes et solde), autres impôts et taxes ;
  • échéances d’emprunts (capital et intérêts), loyers de crédit-bail ;
  • investissements, à la date de paiement et non à la date de commande ;
  • dividendes et remboursements de comptes courants.

4. Le solde du mois et la trésorerie de fin de mois

Le flux net du mois est égal au total des encaissements moins le total des décaissements. La trésorerie de fin de mois est égale à la trésorerie de début de mois plus ce flux net. C’est cette dernière ligne qui concentre l’attention : un solde négatif signale un besoin de financement, un solde durablement élevé signale un excédent à placer.

Formule à retenir : trésorerie fin de mois = trésorerie début de mois + encaissements du mois − décaissements du mois.

Construire son prévisionnel de trésorerie en 6 étapes

Étape 1 : partir d’un point de départ fiable

Rapprochez les relevés bancaires de la comptabilité à la date de démarrage. Listez aussi les créances clients et les dettes fournisseurs non encore réglées à cette date : elles donneront les premiers encaissements et décaissements des mois 1 et 2. C’est l’étape la plus souvent bâclée, alors qu’elle conditionne tout le reste.

Étape 2 : traduire le budget d’activité en flux

Partez du chiffre d’affaires mensuel prévu, puis appliquez les délais de paiement observés. Si vos clients paient en moyenne à 45 jours, les ventes de janvier seront encaissées, en ordre de grandeur, pour moitié en février et pour moitié en mars. Faites de même pour les achats. Si l’entreprise dispose déjà d’un budget, le plan de trésorerie en est la traduction en flux ; notre article sur la construction d’un budget d’entreprise détaille l’amont de cette démarche.

Étape 3 : raisonner en TTC et intégrer la TVA

Les encaissements clients et les paiements fournisseurs se saisissent TTC, puisque c’est ce qui transite par la banque. La TVA collectée sur les ventes, diminuée de la TVA déductible sur les achats et les frais, donne la TVA à décaisser, payée selon le calendrier de déclaration propre au régime de l’entreprise (mensuel, trimestriel ou autre, selon la réglementation en vigueur). Oublier cette ligne revient à surestimer la trésorerie de façon systématique.

Étape 4 : caler les charges fixes et les échéances connues

Salaires, cotisations sociales, loyers, échéances d’emprunts, contrats de maintenance : ces montants sont connus et réguliers. Positionnez-les à leur date réelle. Attention aux mois particuliers : primes annuelles, congés payés, régularisations de charges, acomptes d’impôt sur les sociétés, taxes annuelles.

Étape 5 : ajouter les opérations exceptionnelles

Investissements, cessions d’actifs, levées de fonds, nouveaux emprunts, versements de dividendes. Ce sont souvent les montants les plus élevés, donc ceux qui créent les ruptures de trésorerie.

Étape 6 : calculer, analyser, décider

Calculez le cumul, repérez le point bas de trésorerie et comparez-le à un seuil de sécurité que l’entreprise se fixe (par exemple un mois de charges fixes). Si le solde passe sous ce seuil, trois familles de solutions existent : décaler ou étaler un décaissement, accélérer un encaissement, ou mettre en place un financement. La formation Construire un plan de trésorerie fait pratiquer ces six étapes sur un cas complet.

Exemple chiffré : le plan de trésorerie d’une PME sur un semestre

Prenons une entreprise fictive de négoce qui démarre l’année avec 40 000 € sur ses comptes. Elle prévoit un investissement de 90 000 € en mai, financé en partie par un emprunt de 50 000 € débloqué le même mois, et un réassort important de stock en juin avant la saison haute. Les montants ci-dessous sont en euros, TTC pour les flux clients et fournisseurs.

Flux (€)Janv.Févr.MarsAvrilMaiJuin
Trésorerie début de mois40 00054 00059 00070 00086 00042 000
Encaissements clients110 000105 000115 000120 00095 00085 000
Déblocage d’emprunt000050 0000
Total encaissements110 000105 000115 000120 000145 00085 000
Fournisseurs50 00055 00060 00058 00052 00080 000
Salaires nets20 00020 00020 00020 00020 00020 000
Cotisations sociales9 0009 0009 0009 0009 0009 000
Loyer et frais généraux8 0008 0008 0008 0008 0008 000
TVA à décaisser6 0005 0004 0006 0007 0003 000
Échéance d’emprunt existant3 0003 0003 0003 0003 0003 000
Investissement000090 0000
Total décaissements96 000100 000104 000104 000189 000123 000
Flux net du mois+14 000+5 000+11 000+16 000−44 000−38 000
Trésorerie fin de mois54 00059 00070 00086 00042 0004 000

Lecture du tableau : de janvier à avril, l’activité dégage chaque mois un flux positif et la trésorerie passe de 40 000 € à 86 000 €. En mai, l’investissement de 90 000 € n’est couvert qu’à hauteur de 50 000 € par l’emprunt ; le flux net est de −44 000 €. En juin, le réassort porte les paiements fournisseurs à 80 000 € alors que les encaissements baissent : la trésorerie tombe à 4 000 €.

Si l’entreprise s’est fixé un seuil de sécurité d’un mois de charges fixes, soit 20 000 + 9 000 + 8 000 + 3 000 = 40 000 €, juin est clairement sous la ligne rouge, avec un manque de 36 000 €. Le plan de trésorerie permet de le voir six mois à l’avance et d’agir :

  • porter l’emprunt à 86 000 € au lieu de 50 000 €, ou financer l’équipement en crédit-bail pour étaler le décaissement ;
  • négocier avec le fournisseur un paiement du réassort en deux fois (juin et juillet) ;
  • relancer plus tôt les clients dont les factures d’avril et mai arrivent à échéance ;
  • mettre en place une ligne de crédit court terme couvrant juin et juillet, négociée en avril, quand les comptes sont au plus haut.

Sans plan de trésorerie, la même entreprise aurait découvert la tension fin juin, au moment de payer son fournisseur, avec un pouvoir de négociation très réduit face à sa banque.

Suivre et mettre à jour le plan de trésorerie

Le rapprochement prévu / réalisé

Chaque fin de mois, remplacez la colonne prévisionnelle par les flux réels et analysez les écarts significatifs : un client qui a payé en retard, une dépense non prévue, une vente décalée. Ces écarts servent à corriger les hypothèses des mois suivants, notamment les délais de paiement. Le point bas prévu et l’écart entre prévu et réalisé ont toute leur place dans le tableau de bord financier de la direction.

Le prévisionnel glissant

Un plan construit en décembre pour janvier à décembre n’offre plus que trois mois de visibilité en octobre. La bonne pratique consiste à le faire glisser : chaque mois, on ajoute un mois à l’horizon pour conserver en permanence 12 mois de projection. C’est le principe du rolling forecast, abordé en détail dans la formation Prévisions financières et forecast.

Plusieurs scénarios

Construisez au minimum un scénario central et un scénario prudent (chiffre d’affaires en baisse, délais clients allongés de quelques jours). Si le scénario prudent fait apparaître un découvert, c’est le moment de sécuriser les financements. Un tableur bien structuré permet de basculer d’un scénario à l’autre en modifiant quelques hypothèses ; la formation Excel pour la finance donne les méthodes pour bâtir ce type de modèle proprement.

Les erreurs fréquentes

  • Confondre chiffre d’affaires et encaissements : une vente facturée en mars n’est pas de la trésorerie en mars si le client paie à 60 jours.
  • Raisonner en HT : c’est le TTC qui transite par la banque ; la TVA doit apparaître sur sa propre ligne, à sa date de paiement.
  • Intégrer les amortissements et les provisions : ce sont des charges calculées, sans sortie d’argent. Seul l’achat de l’immobilisation, à la date où il est payé, entre dans le plan.
  • Utiliser les délais contractuels plutôt que les délais constatés : si les factures à 30 jours sont en pratique payées à 50 jours, c’est 50 jours qu’il faut retenir.
  • Oublier les échéances annuelles : acomptes et solde d’impôt sur les sociétés, primes, taxes locales, assurances payées une fois par an.
  • Ne pas mettre à jour le plan : un prévisionnel figé perd toute valeur au bout de quelques mois.
  • Se contenter du solde de fin de mois : un solde positif au 31 peut masquer un découvert le 15, lorsque les salaires et les fournisseurs sont payés avant l’encaissement des clients. Pour les activités à forte saisonnalité, un suivi à la quinzaine est plus sûr.

La plupart de ces erreurs viennent d’une mauvaise maîtrise du cycle d’exploitation. Si c’est votre cas, la formation Fonds de roulement, BFR et trésorerie nette permet de relier bilan, BFR et trésorerie de manière rigoureuse.

FAQ sur le plan de trésorerie

Quelle est la différence entre plan de trésorerie et budget de trésorerie ?

Dans la pratique, les deux expressions désignent le même outil : un tableau mensuel des encaissements et décaissements prévus. Certaines entreprises réservent « budget de trésorerie » à la version validée en début d’exercice et « plan » ou « prévisionnel » à la version mise à jour en cours d’année.

Faut-il faire un plan de trésorerie en HT ou en TTC ?

En TTC pour tous les flux soumis à TVA, puisque c’est le montant réellement payé ou reçu. La TVA nette due, ou le crédit de TVA remboursé, figure ensuite sur une ligne spécifique à sa date de paiement ou d’encaissement.

Sur quelle durée construire un plan de trésorerie ?

Douze mois découpés en mensualités est l’horizon standard, en particulier pour un dossier bancaire ou une création d’entreprise. Pour une entreprise sous tension, on y ajoute une prévision hebdomadaire sur 8 à 13 semaines.

Les amortissements apparaissent-ils dans le plan de trésorerie ?

Non. L’amortissement est une charge calculée qui n’entraîne aucun décaissement. Seul le paiement de l’investissement, et le cas échéant les échéances de l’emprunt qui le finance, figurent dans le plan.

Que faire si le plan de trésorerie fait apparaître un solde négatif ?

Agir sur les trois leviers : accélérer les encaissements (relances, acomptes, escompte pour paiement anticipé, affacturage), décaler ou étaler les décaissements (négociation fournisseurs, crédit-bail, report d’investissement) et, si nécessaire, mettre en place un financement court terme négocié à l’avance avec la banque.

À lire aussi : le tableau des flux de trésorerie et construire un business plan financier.

Conclusion

Un bon plan de trésorerie repose sur trois règles simples : partir d’un solde réel, ne retenir que des flux payés ou encaissés à leur date effective, et le mettre à jour chaque mois. Bien tenu, il transforme la trésorerie d’une contrainte subie en un sujet piloté, et donne à la direction plusieurs mois d’avance pour décider. Pour aller plus loin, notre catalogue de formations en finance d’entreprise regroupe les programmes consacrés à la trésorerie et au BFR, et la page financer sa formation en finance présente les dispositifs de prise en charge.

Passez à la pratique : la formation Construire un plan de trésorerie vous accompagne pas à pas dans la construction d’un prévisionnel sur 12 mois à partir de vos propres données, et la formation Prévisions et budget de trésorerie approfondit les méthodes de prévision et de suivi des écarts. Disponibles en inter, en intra ou sur mesure, en présentiel ou à distance : demandez un devis pour votre équipe.