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Trésorerie et BFR

Risque de change : comprendre, mesurer et couvrir son exposition

Le risque de change est le risque de perte lié à la variation du cours d’une devise entre le moment où une entreprise s’engage (devis, commande, facture) et celui où elle encaisse ou décaisse réellement cette devise. Pour le couvrir, on commence par mesurer l’exposition nette, on neutralise ce qui peut l’être naturellement, puis on traite le solde avec des instruments simples : change à terme pour figer un cours, options pour se protéger tout en gardant une chance de gain. Cet article détaille les types d’exposition, les principaux outils et un exemple chiffré complet.

Qu’est-ce que le risque de change pour une entreprise ?

Une entreprise française supporte un risque de change dès qu’une partie de ses flux, de ses actifs ou de ses dettes est libellée dans une autre devise que l’euro : PME qui facture en dollars, distributeur qui paie ses achats en yuans, groupe qui détient une filiale au Royaume-Uni.

Le risque est symétrique, mais l’entreprise n’a pas pour métier de spéculer sur les devises : sa marge est calculée à un cours donné, et un mouvement défavorable de quelques pour cent peut l’effacer. La gestion du risque de change vise donc à sécuriser la marge et la trésorerie prévisionnelle, pas à battre le marché.

Lire une cotation de change

Sur le marché, la parité EUR/USD indique combien de dollars vaut un euro. Un cours EUR/USD de 1,1000 signifie que 1 euro s’échange contre 1,10 dollar. Pour convertir des dollars en euros, on divise par le cours. Quand le cours EUR/USD monte, le dollar se déprécie : un exportateur qui encaisse des dollars reçoit moins d’euros.

Les trois types d’exposition au risque de change

Type d’expositionCe qui est exposéExempleTraitement habituel
Exposition de transactionFlux futurs certains en devises (créances, dettes, commandes fermes)Facture de 500 000 USD payable à 60 joursCouverture ferme ou optionnelle, au cas par cas ou globalisée
Exposition économiqueCompétitivité et flux futurs non encore contractésConcurrent américain avantagé par un dollar faibleChoix industriels et commerciaux, couverture partielle des flux budgétés
Exposition de conversion (ou de consolidation)Valeur en euros des filiales étrangères dans les comptes consolidésCapitaux propres d’une filiale en livres sterlingSuivi comptable, couverture d’investissement net pour les groupes

L’exposition de transaction, la plus concrète

C’est celle que gère au quotidien un trésorier ou un directeur financier de PME. Elle naît au plus tard à la facturation, souvent dès la remise d’un prix en devises. On distingue l’exposition certaine (commande ferme, facture émise) de l’exposition conditionnelle (offre remise dans un appel d’offres, catalogue de prix en devises), qui ne se matérialisera que si le client accepte. Cette distinction guide le choix de l’instrument, comme on le verra plus bas.

L’exposition économique, plus diffuse

Même une entreprise qui facture tout en euros peut être exposée : si ses concurrents produisent en zone dollar et que le dollar baisse durablement, ils peuvent baisser leurs prix en euros. Ce risque se traite surtout par la stratégie : localisation des achats et de la production, politique de prix, diversification géographique.

Mesurer son exposition avant de couvrir

Une couverture mal dimensionnée crée un risque au lieu d’en supprimer un. Avant tout instrument, il faut établir une position de change par devise et par échéance :

  • Recenser les créances clients et les dettes fournisseurs en devises, avec leur date d’échéance probable (et pas seulement contractuelle).
  • Ajouter les commandes fermes reçues et passées, puis les flux budgétés avec un niveau de probabilité.
  • Compenser entrées et sorties d’une même devise sur une même période pour obtenir une position nette.
  • Fixer un cours budget (ou cours de revient) : le cours minimal à obtenir pour que les marges prévues soient tenues.

Cette position se construit à partir du plan de trésorerie prévisionnel, décliné par devise. Sans elle, on couvre facture par facture et on laisse passer des expositions importantes.

Il faut ensuite formaliser une politique de couverture validée par la direction : part de l’exposition certaine et des flux budgétés à couvrir, instruments autorisés, personnes habilitées à traiter avec les banques, modalités de suivi.

La couverture naturelle : réduire l’exposition sans instrument

Avant d’acheter une couverture, on réduit l’exposition par des moyens internes, souvent gratuits mais qui demandent une coordination entre achats, ventes et finance.

  • Facturer en euros quand le rapport de force commercial le permet. Le risque est alors transféré au client, ce qui peut se payer en prix ou en compétitivité.
  • Apparier les flux : acheter dans la devise où l’on vend. Un exportateur qui encaisse 1 000 000 USD et paie 400 000 USD de composants sur la même période n’est exposé que sur 600 000 USD.
  • Compenser au sein d’un groupe (netting) : les filiales ne règlent que les soldes nets entre elles.
  • Ouvrir un compte en devises pour conserver les encaissements et régler directement les dépenses dans la même monnaie, sans conversion systématique.

Ce qui reste après ces mesures est l’exposition nette à couvrir par des instruments financiers.

Le change à terme : figer un cours dès aujourd’hui

Le change à terme est l’instrument de base. L’entreprise conclut aujourd’hui avec sa banque un contrat ferme pour vendre (ou acheter) un montant de devises à une date future, à un cours fixé dès la signature : le cours à terme. À l’échéance, l’opération est exécutée à ce cours, quel que soit le cours du marché ce jour-là.

Comment se calcule le cours à terme

Le cours à terme n’est pas une prévision. Il découle de l’écart de taux d’intérêt entre les deux devises, par un raisonnement d’arbitrage :

Cours à terme = Cours comptant × (1 + taux devise de cotation × n ÷ 360) ÷ (1 + taux devise de base × n ÷ 360)

Pour la parité EUR/USD, la devise de base est l’euro et la devise de cotation le dollar ; n est le nombre de jours jusqu’à l’échéance. Si les taux en dollars sont supérieurs aux taux en euros, le cours à terme EUR/USD est supérieur au cours comptant : on parle de report sur l’euro, et l’exportateur qui vend des dollars à terme obtient un peu moins d’euros qu’au comptant. Dans le cas inverse, on parle de déport. Cet écart reflète le différentiel de taux ; la marge de la banque s’y ajoute sous forme d’écart de cotation.

Avantages et limites

  • Certitude totale sur le montant en euros : la marge est sécurisée.
  • Pas de prime à payer au départ, en dehors de l’écart de cotation intégré au cours.
  • Engagement ferme : si le cours évolue favorablement, l’entreprise ne profite pas du gain.
  • Risque de sur-couverture : si la facture n’est pas payée à la date prévue ou si la commande est annulée, le contrat reste dû. Il faut alors le proroger ou le déboucler, avec un coût éventuel.

Pour gérer un décalage de date de paiement, la plupart des banques proposent des contrats à terme à date flexible (livraison possible sur une période) ou des prorogations. L’avance en devises, qui consiste à emprunter la devise et à la convertir immédiatement, produit un effet économique proche du change à terme tout en finançant la créance : c’est l’un des outils décrits dans notre article sur le financement court terme.

Les options de change : se protéger en gardant le gain potentiel

Une option de change donne le droit, et non l’obligation, d’acheter ou de vendre une devise à un cours fixé à l’avance (le prix d’exercice, ou strike), à une date donnée. En échange de ce droit, l’acheteur de l’option paie une prime au départ, qui reste acquise à la banque quoi qu’il arrive.

  • Un exportateur qui encaissera des dollars achète une option de vente de dollars contre euros (put USD / call EUR). Si le dollar baisse sous le prix d’exercice, il exerce l’option et vend ses dollars au prix garanti. Si le dollar monte, il abandonne l’option et vend au comptant, plus cher.
  • Un importateur qui devra payer des dollars achète une option d’achat de dollars (call USD / put EUR), symétriquement.

La prime dépend de l’écart entre prix d’exercice et cours du marché, de la durée, de la volatilité de la devise et du différentiel de taux.

Quand préférer une option

L’option est l’instrument naturel de l’exposition conditionnelle. Une entreprise qui remet une offre en dollars dans un appel d’offres ne sait pas si elle le remportera : un change à terme la mettrait en position spéculative en cas d’échec, alors qu’une option fait au pire perdre la prime. Elle se justifie aussi quand l’entreprise veut garder une chance de profiter d’un mouvement favorable.

Les structures à prime réduite

Pour réduire ou annuler la prime, les banques proposent des combinaisons d’options. Le tunnel (ou collar) associe l’achat d’une option protectrice et la vente d’une option qui plafonne le gain : l’entreprise obtient une fourchette de cours garantie, souvent sans prime. Certaines structures comportent des barrières ou des effets de levier : ne signer que ce que l’on sait valoriser et expliquer à sa direction.

La formation Gestion des risques de change détaille la mécanique des options, leur valorisation et la lecture des structures proposées par les banques.

Exemple chiffré : un exportateur face au dollar

Prenons une PME industrielle française qui facture 1 000 000 USD à un client américain, payable à 90 jours. Toutes les données de marché ci-dessous sont fictives et servent uniquement l’illustration.

  • Cours comptant EUR/USD à la facturation : 1,1000, soit une valeur de la créance de 1 000 000 ÷ 1,1000 = 909 091 € (c’est le cours retenu pour calculer la marge du contrat).
  • Taux à 90 jours fictifs : 2,00 % sur l’euro, 3,80 % sur le dollar.
  • Cours à terme 90 jours : 1,1000 × (1 + 3,80 % × 90 ÷ 360) ÷ (1 + 2,00 % × 90 ÷ 360) = 1,1000 × 1,0095 ÷ 1,0050 = 1,1049 (arrondi).
  • Option de vente de dollars (put USD / call EUR) au prix d’exercice de 1,1000, pour une prime de 12 000 €, soit environ 1,3 % du montant en euros.

Quatre scénarios de cours comptant à l’échéance, trois stratégies :

Cours EUR/USD à 90 joursSans couvertureChange à terme à 1,1049Option à 1,1000 (prime déduite)
1,0500 (dollar plus fort)952 381 €905 059 €940 381 €
1,1000 (stable)909 091 €905 059 €897 091 €
1,1500 (dollar plus faible)869 565 €905 059 €897 091 €
1,2000 (dollar nettement plus faible)833 333 €905 059 €897 091 €

Lecture des résultats

  • Sans couverture, le résultat va de 833 333 € à 952 381 €. Par rapport au cours de facturation, l’écart va de − 75 758 € à + 43 290 €. Sur un contrat dont la marge serait par exemple de 8 %, soit environ 72 700 €, le scénario à 1,2000 effacerait la totalité du bénéfice.
  • Avec le change à terme, l’entreprise encaisse 905 059 € dans tous les cas. L’écart de 4 032 € par rapport au cours comptant initial correspond au report lié au différentiel de taux, pas à une perte de change.
  • Avec l’option, le plancher est de 897 091 € (909 091 € moins la prime de 12 000 €), mais l’entreprise conserve le gain si le dollar s’apprécie : 940 381 € à 1,0500.

Deux seuils aident à décider. L’option fait mieux que le change à terme uniquement si le cours final descend sous 1 000 000 ÷ (905 059 + 12 000) = 1,0904 environ. Elle fait mieux que l’absence de couverture dès que le cours dépasse 1 000 000 ÷ (909 091 − 12 000) = 1,1147 environ. Entre les deux, la prime a « coûté » par rapport à l’une ou l’autre des alternatives : c’est le prix de la flexibilité.

Comptabilisation et suivi des couvertures

En comptes sociaux, les créances et dettes en devises sont converties au cours de clôture ; les écarts de conversion sont inscrits au bilan, et une provision pour perte de change est constituée en cas de perte latente, selon le Plan comptable général. Lorsqu’une opération est couverte, la comptabilité de couverture permet de refléter le cours garanti, dans les conditions prévues par la réglementation comptable en vigueur.

Côté pilotage, un tableau de suivi mensuel doit présenter par devise : l’exposition brute et nette, le taux de couverture, le cours moyen garanti comparé au cours budget, les échéances à venir et la valeur de marché des instruments en portefeuille. Ces indicateurs trouvent naturellement leur place dans un tableau de bord financier.

Les erreurs fréquentes

  • Couvrir des montants bruts sans compenser les achats et les ventes dans la même devise, ce qui crée une position spéculative inverse.
  • Utiliser un change à terme sur un flux incertain (appel d’offres, prévision optimiste) : si le flux ne se matérialise pas, l’entreprise reste engagée.
  • Juger une couverture a posteriori en la comparant au cours constaté à l’échéance. Une couverture qui a « coûté » dans un scénario favorable a rempli sa fonction : sécuriser la marge.
  • Signer une structure optionnelle complexe sans en comprendre les barrières ou l’effet de levier.
  • Oublier le cours budget dans les devis commerciaux : les prix en devises doivent être calculés au cours de couverture accessible, pas au cours comptant du jour.

Le risque de change n’est qu’un des risques financiers à piloter : la formation Gestion des risques financiers le replace aux côtés des risques de taux, de liquidité et de contrepartie, et la formation Gestion de trésorerie intègre la couverture dans la gestion quotidienne des flux.

FAQ sur le risque de change

Qu’est-ce que le risque de change en entreprise ?

C’est le risque de perte lié à une variation du cours d’une devise étrangère par rapport à l’euro, entre la date où l’entreprise s’engage sur un montant en devises et la date où elle l’encaisse ou le paie. Il touche les exportateurs, les importateurs et les groupes ayant des filiales à l’étranger.

Quelle différence entre change au comptant et change à terme ?

Le change au comptant s’exécute immédiatement (en pratique sous deux jours ouvrés) au cours du jour. Le change à terme fixe aujourd’hui le cours d’une opération qui sera exécutée à une date future. Le cours à terme diffère du cours comptant en fonction de l’écart de taux d’intérêt entre les deux devises.

Faut-il couvrir 100 % de son exposition ?

Pour l’exposition certaine (factures émises, commandes fermes), une couverture intégrale est courante. Pour les flux budgétés, on couvre généralement une part décroissante avec l’horizon, car le montant réel reste incertain. La proportion relève d’une politique de couverture validée par la direction.

Une PME peut-elle couvrir son risque de change ?

Oui. Les banques proposent des changes à terme et des options dès des montants modestes, sous réserve d’une ligne de crédit dédiée. La couverture naturelle (facturer en euros, apparier achats et ventes, compte en devises) est souvent la première étape, sans coût.

Conclusion

Gérer le risque de change, c’est mesurer une position nette par devise et par échéance, la réduire par des moyens naturels, puis couvrir le solde : change à terme pour les flux certains, option pour les flux incertains. Une politique claire, un cours budget et un suivi régulier valent mieux que des décisions au coup par coup.

Aller plus loin. Pour construire une politique de couverture et maîtriser changes à terme et options sur des cas réels, découvrez la formation Gestion des risques de change ou, pour une approche plus large des instruments, la formation Produits financiers. Ces sessions existent en inter, en intra ou en formation finance en entreprise adaptée à vos devises et à vos flux. Consultez l’ensemble du catalogue des formations finance ou faites une demande de devis.

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