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Analyse financière

IFRS 18 : ce qui change dans le compte de résultat au 1er janvier 2027

IFRS 18 « Présentation et informations à fournir dans les états financiers » remplace IAS 1 pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec un comparatif 2026 retraité. Le résultat net ne change pas, mais le compte de résultat consolidé est désormais structuré en catégories (exploitation, investissement, financement) avec deux sous-totaux obligatoires, et les indicateurs de performance « maison » sont encadrés en annexe. Pour les groupes IFRS, le chantier est ouvert : les données 2026 doivent déjà pouvoir être présentées selon la nouvelle norme.

IFRS 18 en bref : ce qui est établi

Selon la Revue Fiduciaire et Option Finance, la norme a été adoptée par l’Union européenne et s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Ses apports tiennent en quatre points :

  • Un compte de résultat structuré en catégories : exploitation, investissement et financement, auxquelles s’ajoutent l’impôt sur le résultat et les activités abandonnées.
  • Deux sous-totaux obligatoires : le résultat d’exploitation et le résultat avant financement et impôt.
  • Des indicateurs de performance définis par la direction (MPM, pour « management-defined performance measures ») : présentés dans une note annexe, avec un rapprochement avec les agrégats définis par les normes IFRS.
  • Des règles d’agrégation et de désagrégation renforcées : fin des lignes fourre-tout, informations complémentaires sur la nature des charges quand elles sont présentées par fonction.

IFRS 18 ne modifie ni la comptabilisation ni l’évaluation des opérations : seules la présentation et l’information financière changent, ce qui suffit à modifier les indicateurs lus par les analystes, les banques et les dirigeants.

Qui est concerné ?

IFRS 18 ne concerne que les comptes consolidés établis en IFRS : les groupes dont les titres sont cotés sur un marché réglementé de l’Union européenne, et les groupes non cotés qui ont choisi d’appliquer les IFRS. Les comptes sociaux des entités françaises restent établis selon le Plan comptable général, avec leur compte de résultat par nature et leurs soldes intermédiaires de gestion, hérités du PCG.

L’effet dépasse pourtant l’équipe consolidation : les filiales remontent des liasses plus détaillées, le contrôle de gestion aligne ses indicateurs, et les prêteurs d’un groupe IFRS voient évoluer les agrégats publiés. Une PME qui établit ses comptes en PCG n’a rien à changer, sauf si elle est filiale d’un groupe IFRS.

Trois catégories et deux sous-totaux obligatoires

Sous IAS 1, chaque groupe construisait sa propre présentation (résultat opérationnel courant, coût de l’endettement financier net…), si bien que deux groupes du même secteur pouvaient afficher un « résultat opérationnel » de contenu différent. IFRS 18 impose une grille commune.

La catégorie exploitation

C’est une catégorie par défaut : elle regroupe tous les produits et charges qui ne relèvent pas des autres catégories. On y trouve le chiffre d’affaires, les achats, les charges de personnel, les amortissements, mais aussi les éléments inhabituels ou volatils comme les coûts de restructuration, les dépréciations d’actifs ou les résultats de cession d’actifs d’exploitation. Le résultat d’exploitation n’exclut donc pas les éléments « non courants ».

La catégorie investissement

Elle reçoit, pour une entreprise industrielle ou commerciale, les produits et charges des actifs qui génèrent un rendement de façon largement indépendante des autres ressources de l’entreprise : quote-part de résultat des entreprises associées et coentreprises mises en équivalence, dividendes de participations non consolidées, produits de la trésorerie et des équivalents de trésorerie, revenus d’immeubles de placement.

La catégorie financement

Elle regroupe les charges d’intérêts sur les passifs qui résultent uniquement d’une levée de fonds (emprunts bancaires, obligations) et, pour les autres passifs, les charges d’intérêts et l’effet des variations de taux, comme la désactualisation des provisions ou l’intérêt net sur les engagements de retraite.

Impôt et activités abandonnées

L’impôt et le résultat des activités abandonnées restent présentés séparément. Les groupes dont l’activité principale consiste à investir ou à financer (banques, assureurs, foncières) suivent des règles spécifiques non traitées ici.

ÉlémentCatégorie IFRS 18 (entreprise industrielle ou commerciale)
Chiffre d’affaires, coût des ventes, frais commerciaux et administratifsExploitation
Coûts de restructuration, dépréciations d’actifs d’exploitationExploitation
Quote-part de résultat des entreprises mises en équivalenceInvestissement
Dividendes de participations non consolidéesInvestissement
Produits de trésorerie et d’équivalents de trésorerieInvestissement
Intérêts sur emprunts et dettes de locationFinancement
Désactualisation des provisions, intérêt net sur retraitesFinancement
Impôt sur le résultatImpôt

Exemple : un compte de résultat reclassé selon IFRS 18

Prenons un groupe fictif dont le chiffre d’affaires consolidé est de 500 M€. Sa présentation actuelle, fréquente chez les groupes français, fait apparaître un résultat opérationnel courant, un résultat opérationnel après quote-part des mises en équivalence et un coût de l’endettement financier net. Voici les mêmes chiffres, en millions d’euros, reclassés selon IFRS 18.

Poste (M€)CatégorieMontant
Chiffre d’affairesExploitation500
Coût des ventesExploitation−300
Frais commerciaux et administratifsExploitation−120
Autres charges opérationnelles (dont restructuration)Exploitation−10
Résultat d’exploitation70
Quote-part de résultat des entreprises associéesInvestissement6
Dividendes de participations non consolidéesInvestissement2
Produits de trésorerieInvestissement3
Résultat avant financement et impôt81
Intérêts sur empruntsFinancement−15
Désactualisation des provisions et retraitesFinancement−2
Résultat avant impôt64
Impôt sur le résultatImpôt−16
Résultat net48

Le rapprochement avec la présentation antérieure montre ce qui bouge et ce qui ne bouge pas :

Sous-total (M€)Présentation antérieureIFRS 18
Résultat opérationnel courant80Non défini par la norme (MPM s’il est communiqué)
Résultat opérationnel70Résultat d’exploitation : 70
Résultat opérationnel après quote-part des mises en équivalence76Supprimé : la quote-part passe en investissement
Résultat avant financement et impôtNon présenté81
Coût de l’endettement financier net / charges de financement−12 (15 − 3)−17 (15 + 2)
Autres produits et charges financiers0 (2 − 2)Répartis entre investissement et financement
Résultat net4848

Trois enseignements. Le résultat net est identique : IFRS 18 reclasse, elle ne revalorise pas. Le résultat opérationnel courant de 80 M€ n’est plus un agrégat de la norme : s’il reste publié, il devient en principe un MPM, défini et rapproché en annexe. Enfin, les ratios changent mécaniquement. Un ratio de couverture calculé sur l’ancienne présentation (résultat opérationnel après quote-part ÷ coût de l’endettement net) donne 76 ÷ 12 = 6,3 fois. Sur le résultat d’exploitation rapporté aux charges de financement, il tombe à 70 ÷ 17 = 4,1 fois (81 ÷ 17 = 4,8 fois en partant du résultat avant financement et impôt), à performance économique inchangée.

Les bases sont rappelées dans l’article comment lire un compte de résultat ; la formation Normes IFRS traite les différences de présentation entre IFRS et PCG.

Les MPM : encadrer les indicateurs « maison »

Un MPM est un sous-total de produits et de charges, non défini par les IFRS, que le groupe utilise dans sa communication publique (communiqués, présentations aux investisseurs) pour exprimer la vision de la direction sur sa performance. Le résultat opérationnel courant, l’EBITDA ajusté ou le résultat net récurrent en sont des exemples typiques.

IFRS 18 n’interdit pas ces indicateurs ; elle impose de les présenter dans une note unique de l’annexe, avec :

  • une description de l’indicateur et de ce qu’il apporte à la compréhension de la performance ;
  • la méthode de calcul ;
  • un rapprochement avec le sous-total IFRS le plus directement comparable ;
  • l’effet d’impôt et l’effet sur les intérêts minoritaires de chaque élément de rapprochement ;
  • l’explication de tout changement de définition.

Ces informations sont auditées. Certains sous-totaux usuels échappent au régime, notamment un résultat d’exploitation avant amortissements et dépréciations défini strictement selon la norme ; retraité d’éléments jugés non récurrents, il redevient en principe un MPM. L’inventaire des indicateurs publiés rejoint le travail de définition des KPI financiers utilisés en interne.

Agrégation, désagrégation et charges par fonction

Chaque ligne du compte de résultat doit regrouper des éléments aux caractéristiques communes ; les libellés du type « autres charges » portant des montants significatifs deviennent difficiles à justifier. Les charges d’exploitation restent présentées par nature ou par fonction, mais un groupe qui présente par fonction doit indiquer en annexe certains montants par nature, notamment les amortissements, les charges de personnel et les dépréciations. Cela suppose de pouvoir croiser nature et destination dans le système d’information, ce que l’analytique ne permet pas toujours sans retraitement manuel.

Le comparatif 2026 : pourquoi le chantier commence maintenant

Les premiers comptes consolidés IFRS 18 présenteront l’exercice 2027 et, en comparatif, l’exercice 2026 retraité. Un groupe qui clôture au 31 décembre doit donc savoir reclasser ses données 2026 par catégorie, identifier ses MPM et produire les ventilations requises, alors que ses comptes 2026 seront publiés selon IAS 1. La norme prévoit en outre, la première année, un rapprochement ligne à ligne entre les deux présentations pour la période comparative. Les groupes cotés seront concernés dès leurs comptes semestriels 2027.

Les impacts pour la direction financière

Systèmes et plan de comptes consolidé

Chaque compte du plan de consolidation doit être affecté à une catégorie. Les comptes mixtes, par exemple des « produits financiers » mêlant intérêts de placements et gains de change commerciaux, doivent être scindés. Liasses des filiales, règles de mapping et outil de consolidation sont à adapter pour gérer les nouveaux sous-totaux, les MPM et les ventilations par nature, sujets au cœur de la formation Consolidation des comptes.

Tableau des flux de trésorerie

IFRS 18 modifie aussi IAS 7. Dans la méthode indirecte, le point de départ devient le résultat d’exploitation. Pour une entreprise industrielle ou commerciale, les options de classement disparaissent : intérêts et dividendes versés en flux de financement, intérêts et dividendes reçus en flux d’investissement. Voir l’article sur le tableau des flux de trésorerie.

Communication financière

Communiqués, présentations aux investisseurs et guidances devront s’appuyer sur des définitions stables et rapprochées des agrégats IFRS. Un objectif de marge opérationnelle doit préciser s’il porte sur le résultat d’exploitation ou sur un MPM. Mieux vaut expliquer les changements au marché avant la première publication.

Covenants bancaires et contrats

C’est le point le plus sensible. Les contrats de crédit définissent leurs ratios (levier, couverture des frais financiers) par référence à des agrégats comptables. Comme le montre l’exemple, un simple reclassement peut faire passer un ratio de couverture de 6,3 à 4,1 fois sans aucune dégradation économique. Le contexte renforce l’attention portée à ces ratios : la Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs le 10 septembre 2026, ce qui renchérit les dettes à taux variable, un effet détaillé dans l’article sur la hausse des taux BCE et ses conséquences pour les entreprises.

Il faut relire chaque contrat : les définitions sont-elles figées sur les normes en vigueur à la signature (clause dite de « frozen GAAP ») ou suivent-elles leur évolution ? Dans le second cas, un échange anticipé avec les prêteurs s’impose. Les compléments de prix et rémunérations variables indexés sur un résultat opérationnel relèvent de la même revue. Le calcul de ces ratios est repris dans l’article sur les ratios financiers essentiels.

Plan d’action en six étapes

  1. Diagnostic : affecter chaque poste du compte de résultat à une catégorie, en isolant les cas délicats (change, dérivés, participations).
  2. Inventaire des indicateurs publiés : repérer les agrégats publiés qui deviennent des MPM.
  3. Revue contractuelle : covenants, clauses de prix, rémunérations variables.
  4. Adaptation des systèmes : plan de comptes groupe, liasses, consolidation, reporting.
  5. Retraitement du comparatif 2026 : données 2026 selon IFRS 18 et rapprochement avec IAS 1.
  6. Communication : comité d’audit, commissaires aux comptes, prêteurs, puis marché.

Se former : la formation Analyse financière des comptes consolidés apprend à lire des états IFRS de groupe, et la formation IFRS 16 et IFRS 15 approfondit deux normes qui pèsent directement sur le résultat d’exploitation.

Les erreurs fréquentes

  • Croire que c’est un sujet de présentation réservé à la consolidation : les liasses, le reporting, les contrats et la communication sont touchés.
  • Attendre l’exercice 2027 : le comparatif 2026 impose de disposer des données reclassées dès la clôture 2026.
  • Maintenir le résultat opérationnel courant sans le documenter : publié, il devient en principe un MPM soumis à rapprochement et à audit.
  • Oublier les covenants : un ratio peut franchir un seuil par simple reclassement.
  • Sous-estimer la désagrégation : la ventilation par nature des charges présentées par fonction suppose souvent des évolutions de l’analytique.

FAQ sur IFRS 18

Quand IFRS 18 entre-t-elle en vigueur ?

Elle s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec un comparatif 2026 retraité. Un groupe qui clôture au 31 décembre publiera ses premiers comptes annuels IFRS 18 sur l’exercice 2027.

IFRS 18 modifie-t-elle le résultat net ?

Non. La norme porte sur la présentation et les informations à fournir. Les règles de comptabilisation et d’évaluation ne changent pas, donc le résultat net reste identique. Les sous-totaux intermédiaires et leur contenu, eux, changent.

Qu’est-ce qu’un MPM en IFRS 18 ?

Un indicateur de performance défini par la direction : un sous-total de produits et de charges non défini par les IFRS, utilisé dans la communication publique pour présenter la vision de la direction sur la performance. Il doit être décrit et rapproché des agrégats IFRS dans une note annexe.

IFRS 18 s’applique-t-elle aux PME ?

Non, sauf si elles établissent des comptes consolidés en IFRS. Les comptes sociaux restent au Plan comptable général. Une PME filiale d’un groupe IFRS devra toutefois fournir les informations nécessaires à sa maison mère.

L’EBITDA est-il interdit par IFRS 18 ?

Non. La norme ne l’impose pas et ne l’interdit pas. Selon sa définition, il peut entrer dans les sous-totaux exclus du régime des MPM ou, s’il est ajusté, constituer un MPM à documenter en annexe.

Conclusion

IFRS 18 ne change pas la performance, mais la manière de la montrer : trois catégories, deux sous-totaux imposés, des indicateurs « maison » encadrés. Le comparatif 2026 se prépare dès maintenant, et les enjeux dépassent la consolidation. Pour former vos équipes, consultez le catalogue des formations en finance ou les formations finance en entreprise construites sur vos propres états financiers.

Sources : Revue Fiduciaire et Option Finance pour le contenu et le calendrier d’IFRS 18 ; Banque centrale européenne, communiqué du 10 septembre 2026 pour la décision de politique monétaire. Article à jour au 26 septembre 2026.

Préparer vos équipes à IFRS 18 : la formation Normes IFRS fait le point sur la présentation des états financiers et les principales normes, et la formation Consolidation des comptes couvre les travaux de consolidation et de reporting groupe. Pour un programme adapté à votre calendrier de transition, faites une demande de devis.

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